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| Pauvres de nous, d'où viendra le plaisir de vivre ? La joie complète et sans mélange, qui nous la donnera ? Que verser, pour l'atténuer, sur la tristesse de la vie ? La Vertu ! Elle est, mais pour le Sage seul, le vrai plaisir, la Grâce en personne, un miel pur. Elle qui sait bien reconnaître le vrai de ses apparences, sans le farder, sans recourir à l'urne aveugle où vote l'opinion vulgaire. Ou le bonheur n'est nulle part, ou seule la Vertu peut nous rendre heureux. Elle seule a toujours en soi de quoi réjouir, elle seule est en paix avec ce qu'elle a fait, elle seule est égale au sort présent, quel qu'il soit, et a confiance en l'avenir. Rien ne lui manque, elle ne se fie qu' à elle-même Elle ne désire ni ne craint rien d'extérieur. Aucun coup ne l'atteint. Sublime, droite, et stable, Que vienne par la roue du sort pauvreté, exil, ou bien mort, Elle voit, sans être ébranlée, le mouvement insensé des choses. La fortune dans sa fureur court çà et là : la Vertu, heureuse de son rôle, vaque à ses affaires, jouissant en elle-même de biens très assurés, elle sait s'enrichir en s'approfondissant. Puissé-je cueillir de tels fruits, puisses-tu, Montaigne les cueillir ! Si nous ne les acquérons pas, mourons du moins à leur recherche. |
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