Daniel COHEN


 Article wikipedia

 Il y a une part d’illusion à penser qu’on pourrait changer les règles de l’économie pour ouvrir des destins à ceux qui n’en ont pas. Ce qu’il faut faire, c’est aider les gens à se socialiser par les moyens même de la société.

2007

La dissociation du social et de l'économique

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C’est cette phase d’encastrement réciproque de l’économique et du social qui se clôt aujourd’hui : la société postindustrielle est celle du divorce de l’économique et du social. Peut-être même assistons-nous dans certains lieux à une nouvelle alliance du social et du religieux, qui nous reconduirait d’une certaine manière au début du cycle. Si cette histoire est valide, alors il ne sert à rien de prendre position pour ou contre le libéralisme comme si nous étions encore au début du XIXe siècle.
Aujourd’hui, c’est le social qui divorce de l’économie, pour le meilleur, avec une plus grande capacité des groupes et des individus à inventer de nouvelles manières d’être ensemble, comme pour le pire, avec ce que j’ai en effet appelé les appariements sélectifs, qui produisent de la ségrégation sociale et territoriale. Aujourd’hui, les plus faibles, les pauvres, ne sont plus nécessaires au bon fonctionnement de l’économie: il n’y a pas cette force de rappel économique qui cimentait la cohésion sociale de la société industrielle.

Faut-il alors se résoudre à laisser ce phénomène se produire sans chercher à le contrôler ? Ne peut-on
pas contraindre l’économique à réassumer le social ?

Je ne crois pas qu’il faut raisonner comme s’il était encore possible que l’économie suffise à prendre en charge la société. Il y a une part d’illusion à penser qu’on pourrait changer les règles de l’économie pour ouvrir des destins à ceux qui n’en ont pas. Ce qu’il faut faire, c’est aider les gens à se socialiser
par les moyens même de la société. Il faut assumer la nouvelle autonomie du social. Cela passe en particulier par le développement de l’éducation, non seulement l’éducation initiale, mais l’éducation tout au long de la vie, par la sécurisation des itinéraires professionnels, par une politique de logement qui assume les besoins des personnes. Bien entendu, cela ne revient pas à exonérer les entreprises
de leurs propres responsabilités. Mais on ne peut plus restaurer la séquence dans laquelle l’État joue sur la société à travers l’économie. L’État doit agir directement sur le social.

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