Dany Robert DUFOUR |
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| 2007 Notre système produit des individus constamment désemparés. Dany-Robert Dufour, philosophe et professeur en sciences de l'éducation, analyse ce nouveau dieu qu'est le libéralisme et la religion qui lui est associé, le marché - religion qui règne désormais sans partage et dont les effets sont de plus en plus délétères. Le commandement majeur de cette nouvelle religion très inquiétante est : "Ne pensez plus, dépensez !"
Extraits "L'économie de la jouissance a des ratés fort importants, notamment dans l'impossibilité d'intégrer une limite, il en faut toujours plus, on est dans l'addiction" .../... "Le dogme du marché est à l'origine d' une révolution culturelle, il renouvelle la forme de la culture, nous quittons d'anciennes formes qui correspondaient à un équilibre entre le libéralisme et l'autre pilier de la culture des lumières, le trancendantalisme, qui impliquait une régulation morale. Or nous sommes face à une dérégulation morale. Le libéralisme nous a libéré des interdits mais cela a des effets hautement problématiques, hautement pervers" .../... "Je ne suis pas contre le libéralisme mais je suis en train de dire qu'il produit des effets contre productifs qui viennent à ruiner la possibilité même des sociétés libérales, il faudrait presque sauver le libéralisme de lui-même." .../... Jusqu'où peut nous mener cette révolution culturelle ? 2008 Lien vers l'article complet Extraits "Nous sommes passés des religions transcendantes, qui étaient fondées sur des interdictions - « Tu ne tueras point », etc. -, à une nouvelle religion fondée sur des commandements incitateurs - tu dois viser ta jouissance personnelle, tu dois réaliser tes passions privées, etc. Ces principes dépassent l'économie, où ils fonctionnent plutôt bien, pour toucher tous les domaines de la vie." .../... Le marché laisse croire à l'individu qu'il va pouvoir satisfaire ses pulsions en lui fournissant tous les objets dont il a besoin. En réalité, cet assouvissement pulsionnel entraîne de redoutables phénomènes d'addiction, de sorte que la jouissance attendue n'advient jamais vraiment. C'est ce manque qui explique l'importance des phénomènes de dépression, qui remplacent de plus en plus la névrose classique en produisant un trouble psychique dans lequel on se retrouve en deçà de soi-même. Cela se manifeste aussi avec ces gens au-delà d'eux-mêmes, dans une sorte d'infatuation subjective, possédés par un sentiment de toute-puissance entraînant la multiplication de comportements que l'on qualifie de pervers. .../... Milton Friedman donne une place absolue à l'idée que les échanges peuvent s'autoréguler. Et quand il y a de l'absolu, il y a du religieux. Il estime, par exemple, dans sa fameuse théorie des prix, que des millions d'actes individuels s'ignorant les uns les autres peuvent aboutir à un équilibre des prix, entre des gens qui n'ont besoin, comme il le dit lui-même, ni de se parler, ni de s'aimer, ni même de se connaître. Or je crois que cette idée qu'il n'y a besoin ni de se parler, ni de se connaître, ni de s'aimer attente justement à toute l'économie symbolique, au besoin d'échanger avec l'autre, à la nécessité de construire quelque chose qui assure une régulation symbolique. .../... Alors, que met-on à la place de ce dieu marché ? L'humanité a passé son temps à tuer ses dieux, elle peut encore le faire. Je ne condamne pas le marché - c'est le mode d'échange entre les hommes institué presque depuis la nuit des temps -, mais je suis contre l'idée que tout est « marchandisable ». Face au divin marché, il faut élaborer des limitations, que ce soit pour la production des richesses, qui ne pourra pas être infinie puisque nos ressources sont finies, ou pour la satisfaction des intérêts privés. Il faut en somme remettre le marché à sa place pour qu'il ne s'impose plus comme un absolu au détriment des autres économies humaines. |
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