Marcel GAUCHET


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Blog de Marcel Gauchet

 L’avenir des individus exigera donc une renégociation des rapports entre eux-mêmes et leur société. Chercher l'intelligence de la vie sociale - Retrouver un authentique lien de cité - L'économie ne peut administrer à notre place les contraintes du tout - Les gens payés pour penser ne pensent rien - Une politique désacralisée, plus prosaïque mais plus consistante - le lieu privilégié de la renaissance du civisme est l’école

2008
Blog de Marcel Gauchet

"...L’avenir des individus exigera donc une renégociation des rapports entre eux-mêmes et leur société. C’est bien de cultiver l’estime de soi, mais l’individu doit affronter une question plus pressante : « comment parvient-on à obtenir l’estime des autres ? ». Comment survivre sans cultiver le désir d’appartenir à une collectivité qui fonctionne bien ? Il faut passer par la renégociation des rapports entre le « je » et le « nous »,que ce soit au niveau de la famille ou de la cité. Sinon, notre démocratie va se retrouver dans l’impasse."

2003

L'intellectuel à réinventer

Ce qu'il faut retrouver, ce n'est pas le personnage de l'intellectuel, mais l'intellectualité qui passait par lui. C'est-à-dire l'intelligence de la vie sociale qui se cherchait au travers de lui.

[08 novembre 2003] Extraits de l'article

C'est cette ambition d'une prise réfléchie sur son destin qui s'est évanouie, au profit d'un laisser-être plus ou moins spontané. L'évacuation des intellectuels de la scène en est le résultat. Elle est aussi, hélas, le signe d'une démission de l'intelligence, démission liée à la croyance que le processus social fonctionne de façon quasi automatique. .../...

Ce qu'il faut retrouver, ce n'est pas le personnage de l'intellectuel, c'est l'intellectualité qui passait par lui, c'est l'intelligence de la vie sociale qui se cherchait au travers de lui. .../...

2000
LE CIVISME
Présence de la recherche à l’IUFM de Paris. N°2 Janvier 2000 À  propos d’éducation civique…IUFM de Paris
Extraits de « Laïcité et éducation civique. Entretien avec Marcel Gauchet. Michèle MÉTOUDI et Jean Paul THOMAS. »

Tout est devenu discutable, mais il y a néanmoins des choses qui s'imposent, fussent-elles difficiles. Nous devons les remettre au centre de la vie publique si nous voulons retrouver une effectivité démocratique

». Cette déresponsabilisation vis à vis de la loi du tout, qui fait qu'on présente comme subi, ce que la vie sociale consistait à imposer est le phénomène typique du moment. Il correspond à un tournant critique dans l'histoire de notre société. Le langage dans lequel s'énonçait le civisme, l'obligation sociale, la règle impérative, l'autorité d'ensemble, s'est évaporé, n'est plus tenable. On peut continuer de le parler mais il n'a plus aucune efficacité.
La tâche politique et sociale énorme devant laquelle nous sommes, c'est la recomposition d'un langage approprié pour exprimer rationnellement et démocratiquement cet ordre de contrainte. C'est la condition de la démocratie: on n'a de prise sur les contraintes que si elles sont reconnues, énoncées et assumées.
Nous nous trouvons dans un moment de creux entre deux époques, entre la dissolution finale d'un âge de tradition et la recomposition de ce qui passait au travers de cette tradition. Recomposition qui ne pourra se faire que sur un mode complètement différent, pénétré d'exigence rationnelle. Avec du coup une beaucoup plus grande difficulté à se formuler, à se transmettre, à s'administrer que lorsqu'on pouvait compter sur l'autorité du passé, l'autorité du groupe, la vraie autorité, en un mot, celle qu'on ne discute pas. Tout est devenu discutable, mais il y a néanmoins des choses qui s'imposent, fussent-elles difficiles. Nous devons les remettre au centre de la vie publique si nous voulons retrouver une effectivité démocratique. Il n'y a pas d'autre voie pour sortir de ce climat ambigu de malaise où des démocraties en principe épanouies s'enfoncent dans le sentiment d'une dépossession complète.../...

La grande difficulté est de rendre un contenu à ce civisme dont nous sentons qu'il nous manque. On peut reprendre à cet égard les trois dimensions que j'évoquais, tradition, appartenance, hiérarchie. Trois termes obsolètes, mais qui tous les trois doivent être remplacés si nous voulons retrouver un authentique lien de cité.../...

Une fois qu'on a solidement garanti les droits des individus, il reste encore à définir une loi de l'ensemble et à la faire prévaloir. Sauf de quoi on se résigne à charger l'économie d'administrer à notre place les contraintes du tout.../...

2003
05 06
La protestation n'est pas porteuse de transformation.
Mais ce qui est sidérant, c'est la totale incapacité à comprendre, à changer et à se remettre en question de tous ces diplômés ouverts sur le monde et prétendument formés à une discipline intellectuelle plus souple. Les gens payés pour penser ne pensent rien.
Article faisant suite au "non" au référendum européen".

Il faudrait s'interroger sur notre incapacité collective à penser le réel et donc à s'y adapter. On retrouve cela à tous les échelons de la société. Mais ce qui est sidérant, c'est la totale incapacité à comprendre, à changer et à se remettre en question de tous ces diplômés ouverts sur le monde et prétendument formés à une discipline intellectuelle plus souple. Les gens payés pour penser ne pensent rien. Durant cette campagne, le camp du oui a été atterrant. Alors que le modèle français est pris complètement à contre-pied par l'évolution du capitalisme mondialisé, personne n'est capable d'en proposer une version actualisée.../...

Pendant que l'économie s'adapte à la nouvelle donne, le système politique français souffre d'une artériosclérose inexplicable. Il existe des forces de protestation, mais aucune force de changement.

2002

«Le double reflux du religieux et du politique»
Pour ce philosophe, une exigence de participation de la société au « débat vrai » se fait jour, petit à petit


Propos recueillis par Joseph Macé-Scaron [30 juillet 2002]
Extrait de l'article

Quel regard portez-vous sur l’actuel désenchantement à l’égard de la politique ?
Ce désenchantement, conséquence ultime de la sortie de la religion, est-il le phénomène terrible que nous dépeignent certains républicains ? Je ne le pense pas. Une démocratie qui a désacralisé la politique peut devenir au contraire plus éclairée et plus satisfaisante pour ses citoyens qu’une démocratie travaillée par des pulsions révolutionnaires ou ultra-réactionnaires...
L’enchantement de la politique a été le cauchemar du XXe siècle. C’est effectivement très mobilisateur, enivrant sans doute pour certains individus. Je n’ai jamais senti ce grand souffle wagnérien qui portait les adeptes vers la Terre promise. J’ai surtout vu les dégâts énormes infligés au débat public par cet enthousiasme armé d’invectives creuses. Car à l’époque de la politique enchantée, on avait en pratique un débat très pauvre, fait d’affrontements stéréotypés. À rebours, la politique désacralisée va permettre, à terme, de faire porter la délibération collective sur ses objets réels. Elle sera plus prosaïque mais plus consistante. Une exigence de participation de la société au débat vrai se fait jour, petit à petit. Le meilleur signe en est fourni par le rejet de la démagogie qui monte. C’est l’un des aspects de la « fracture politique ».
Les hommes publics sont loin de se douter du scepticisme ravageur que leur discours rencontre chez les citoyens. Le problème est que pour donner sa traduction positive à cette disposition, il faut un personnel politique capable de la porter. Pareille naissance ne se programme pas. Mais rien ne dit que les démocraties désenchantées sont incapables de ce miracle profane.

2002
Démocratie participative
Extrait d'une interview d'Antoine PEILLON

Mais, pour y (démocratie participative) arriver concrètement, que faut-il faire ?

Notre principal atout est notre culture profondément laïque : elle protège le débat contre l’affrontement des positions absolues. Mais, il faut que l’Etat fasse un nouvel effort de transparence, d’information sur la gestion des affaires publiques. Cependant, le lieu privilégié de la renaissance du civisme est l’école, parce que la famille est devenue un refuge par rapport à la dureté de la société et que les média sont soumis à une concurrence qui les pousse vers le spectacle. C’est bien à l’école que peut se faire l’apprentissage de la participation, c’est-à-dire de la réflexion, de l’expression de ses idées et, surtout, du travail qu’elles supposent.

Lien vers le cercle social Edgar Quinet