Philippe MEIRIEU


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 Il y a une part d’illusion à penser qu’on pourrait changer les règles de l’économie pour ouvrir des destins à ceux qui n’en ont pas. Ce qu’il faut faire, c’est aider les gens à se socialiser par les moyens même de la société.

2007

23 Mars
L'école face à la barbarie consommatrice.


La crise de l'éducation ne relève pas de réformes techniques,elle résulte d'une révolution des mentalités.

Extraits
"Aujourd'hui, la machinerie sociale toute entière, loin de fournir des points d'appui à l'enfant pour se dégager de l'infantile, répercute à l'infini le principe dont l'éducation doit justement lui apprendre à se dégager : « Tes pulsions sont des ordres». Ainsi « la pulsion d'achat » devient-elle le moteur de notre développement économique. La publicité court-circuite toute réflexion et exalte le passage à l'acte immédiat. La télévision zappe plus vite que les téléspectateurs pour les scotcher à l'écran et les empêcher de passer sur une autre chaîne. Le téléphone portable réduit les relations humaines à la gestion de l'injonction immédiate. Tout susurre à l'oreille des enfants et adolescents : « Maintenant, tout de suite, à n'importe quel prix... »".../...

La préoccupation principale des enseignants - ce qui les épuise aujourd’hui est de faire baisser la tension pour favoriser l'attention. Et le malaise est là moins dans le niveau qui baisse que dans la tension qui monte.
Face à ce déferlement de l'infantile, la pensée magique fait des ravages : restau­rer l'autorité, changer les méthodes de lec­ture et apprendre les quatre opérations dès le cours préparatoire sont présentés comme des moyens de sauver les lettres et la République ! Triomphe de la prescription technocratique quand il faudrait créer obstinément des situations pédago­giques où l'enfant découvre, dans l'action, que la jouissance de l'instant est mortifère et qu'il n'y a de désir possible que dans la construction de la temporalité. .../...

 C'est la crise de l'éducation qu'il faut traiter, en posant des questions qui restent encore très largement occultées : peut-on continuer à considérer l'enfant comme un prescripteur d'achat, un public captif pour la publicité ? Ne faut- il pas prendre au sérieux, enfin, la question des médias et, en particulier, de l'audiovisuel - en faisant valoir que leur liberté d'expression s'exerce dans une démocratie et doit s'accompagner d'un devoir d'éducation ? Ne faut-il pas repenser la gestion du temps de l'enfance en relâchant, au moins partiellement, la pression évaluative ? Ne faut-il mettre en place une relance de l'éducation populaire pour faire pièce à la frénésie consommatrice en matière de loisirs et de culture ? Ne faut-il pas, enfin, faire du soutien à la parentalité une priorité politique, en cessant de consi­dérer les parents en difficulté comme des délinquants ou des malades mentaux ? .../...