Michel VOLLE |
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2003 A la fin du XXe siècle, la phase créatrice de l’individualisme n’est-elle pas achevée ? N’est-il pas parvenu à la limite de sa fécondité ? N’est-il pas devenu un obstacle pour nos sociétés, ces sociétés qu’il a contribué à créer en libérant l’individu ? Dans les pays riches où les problèmes matériels que pose l’existence ont été pratiquement résolus, où (au moins en moyenne) chacun peut se loger, se vêtir, se nourrir et élever des enfants, où les ménages sont équipés d’appareils électriques et électroniques dont naguère les entreprises elles-mêmes n’auraient pas pu disposer, où l’attention est accaparée par le spectacle audiovisuel, l’individualisme n’est plus comme jadis sollicité pour surmonter des difficultés pratiques et acquérir des biens jugés nécessaires. Dès lors l’individu se replie sur lui-même, fasciné par l’apparence que présentent les médias, accaparé par ses émotions, enfermé dans une représentation du monde qui malgré son caractère abstrait lui semble naturelle. La culture, excluant le rapport direct entre les êtres humains, ou entre eux et la nature, se médiatise. L’individualisme se dégrade. Culte de l'apparenceCulte de l'émotionCulte de l’abstraitMédiatisation des rapports* *
Lorsque l’individualisme arrive en bout de course, l’émotivité (fondée sur l’indifférence envers autrui) s’associe à la superficialité (fondée sur l’indifférence envers la nature) pour soutenir le culte de l’abstrait. Le rapport immédiat entre les individus ou entre eux et la nature disparaît. L’être humain est alors bloqué comme l’illustre le schéma ci-dessus : le fronton où s’inscrit le culte de l’abstrait, tournant le dos à l’action sur le monde, pointe vers le bas. La dégradation de l’individualisme n’est pas un phénomène individuel : étant collective, elle frappe les civilisations, les cultures, les sociétés. La crise des valeurs s’accompagne alors du désarroi, du désespoir que suscite la perte du sens de la vie. * * Nous retrouvons aujourd’hui une situation analogue à l’avant-guerre que Keynes a décrite : la « nouvelle économie » a introduit, avec l’évolution de l’informatique, l’automatisation de la production, l’ubiquité que procurent les réseaux, des possibilités d’une nouveauté comparable à celle qu’offrait l’industrie au début du XXe siècle. Les tensions auxquelles les individus et la société sont soumis sont du même ordre. Même si l’histoire ne se répète jamais, notre début de siècle est lourd de menaces. Saurons-nous éviter une nouvelle tentative de suicide ? Pour surmonter la crise de l’individualisme, nous devrons fonder solidement un humanisme |
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